Kiwi voyager loin pédale sa monture

Nous avons donc quitté à regrets la Polynésie, ses dauphins et ses seringues. Notre collier de fleurs autour du cou, il était temps de nous diriger vers la Nouvelle-Zélande pour la 2e étape de notre parcours «organisé » dans le Pacifique.

La Nouvelle-Zélande, Brieuc y avait passé 1 mois en 2013 et avait eu un vrai coup de cœur pour le pays, son atmosphère détendue et l’ouverture d’esprit qui caractérise ses habitants. Il avait très envie que je découvre à mon tour tout cela et on avait donc coché l’étape dans nos billets Tour du monde.

Mais, quand on a commencé à se pencher sur le programme qu’on pourrait y faire, on avait un petit problème : comment allait-on faire pour parcourir les grands espaces de l’île du Sud sans redite par rapport à d’autres expériences. Voici les paramètres de l’équation :

  • Moins de 3 semaines avant un rendez-vous particulier quelque part sur l’Île du Nord.
  • Île du Sud nécessairement car la plus belle des deux.
  • Eviter autant que possible de refaire des expériences connues

Et voici les quelques idées qui nous sont venues :

  • En voiture / camping-car ? Fait en Islande et en Argentine, et un peu trop rapide à notre goût pour bien savourer ces paysages.
  • En stop ? Brieuc l’avait déjà fait en 2013
  • En randonnée ? Tentant, mais trop lent par rapport au temps disponible et à l’ampleur des vallées.

La solution nous est venue d’Anaïs et Hugo, les amis retrouvés en Patagonie qui, dans un excès de faiblesse, n’avaient traversé que l’Argentine du Nord au Sud en 3 mois à vélo.

Notre première et seule expérience de rando-vélo, une descente de la Loire de Blois à Noirmoutier, avait eu toutes les caractéristiques des débutants : trop chargés, trop ambitieux sur le kilométrage quotidien, on avait terminé rôtis et Brieuc avait fait la moitié du chemin sous antalgiques et anti-inflammatoires pour oublier un genou récalcitrant aux efforts prolongés. Alors au moment d’attaquer la traversée des montagnes de l’île du Sud en itinérance dans la météo du début d’automne, et sans avoir fait de sport depuis 1 mois, et avec à peine 1 journée de transition depuis le nid douillet polynésien, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on n’en menait pas large.

Nous avons récupéré nos vélos de location à Christchurch. Et comme à chaque changement et découverte de nouveauté, Brieuc nous fait son habituel refus d’obstacle : « J’ai pas envie d’y aller ». C’est lui qui voulait venir ici, et c’est lui qui était le plus motivé à l’idée de pédaler toute la journée, mais c’est à reculons qu’il a enfourché son vélo. On sait que ça va passer avec les premiers kilomètres, mais c’est drôle de le voir à chaque fois avoir ce moment de doute quand il faut démarrer.

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Un des sourires est photoshopé.

On a prévu aucun programme précis, seulement de pédaler vers les montagnes et le Sud de l’île. La seule limite est ce rendez-vous mystérieux dans 3 semaines, on démarre donc en douceur ; mais même les 65 km prévus le premier jour s’avèrent ambitieux, et la pluie de fin de journée est une très bonne excuse pour s’arrêter plus tôt que prévu et dormir dans une grange.

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Et là, tu te souviens qu’il y a 4 jours tu faisais de la plongée sur un atoll.

Après 3 semaines sans activité physique et dans le confort douillet de notre atoll, il faut refaire du muscle, s’habituer aux nuages et aux nuits sur nos maigres tapis de sol premier prix. C’est là qu’avoir du temps et aucun objectif est une grande liberté : les premiers jours, on a multiplié les pauses sieste / lecture le long du chemin dès qu’on en avait envie.

Bon, il ne faudrait quand même pas oublier un élément particulier au vélo : cette putain de selle.

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482 000 résultats et toujours aucun progrès

 

Comme toujours, ce n’est pas la première journée qui fût la pire. La 2e démarra comme un calvaire de douleur, le temps que le corps s’habitue à cette position étrange. Un gars nous avait dit : « le plus dur, c’est les 1000 premiers km, après tu le sens plus ». Ouais t’es gentil mais nous on a prévu d’en faire 700, alors on fait comment ?

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Franchement, vous voyez une différence, vous ?

 

Après quelques jours tranquilles dans la grisaille de la plaine agricole, on franchit un petit col et en quelques kilomètres, on trouve un ciel bleu qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin. Une vraie surprise et un sacré plaisir : on est mi-mars, donc en début d’automne et pas loin du 45° parallèle. On s’était donc préparés à affronter une météo pas toujours clémente. On découvre donc avec joie la douceur automnale du centre de l’île au moment des vendanges.

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Au long de l’année de voyage, on n’a pas toujours été chanceux ou pertinents pour optimiser la météo des régions traversées, mais au moment où on s’attendait au pire, qui aurait cru qu’on passerait 10 jours sous le soleil, juste entrecoupés de 2 jours de pluie (mais on s’est abrités, cf la rencontre), avec des conditions quasi-parfaites pour du vélo : 22° le jour, soleil et pas de vent. Une vraie chance !

On a donc accédé aux splendides vallées du centre de l’île, où les lacs s’enchaînent tous les 30km. C’est magnifique… en partie artificiel. Car l’Etat Néo-Zélandais a décidé depuis 1987 de bannir toute activité nucléaire militaire ou civile sur son sol, et a développé un impressionnant et très photogénique réseau de lacs et canaux pour optimiser sa production hydroélectrique (60% du mix énergétique du pays). A l’image d’un pays dont les plus célèbres paysages sont avant tout liés à la déforestation massive, dans ce coin les montagnes se reflètent sur des créations humaines.

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Le plat pays.
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C’est un peu comme la chirurgie esthétique. Même artificiel parfois c’est pas mal quand même.

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On avance ainsi jusqu’à Wanaka, puis on repart vers le Sud Est en croisant le 45° parallèle Sud, pour rejoindre les 150 km d’une ancienne voie ferrée transformée en chemin de rando vélo. 3 jours d’un sentier idéal, loin des voitures et dans la quiétude des vallées isolées. Un vrai bonheur, conclu par une descente des derniers kilomètres avant Dunedin dans un vieux train sur la partie de la voie pas encore désaffectée.

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Notre photo préférée

 

On aura fait 750 km au total, en 16 jours, et on termine avec plein de pensées et d’envies :

  • Ça ne nous parait vraiment pas grand-chose avec le recul, surtout quand on a croisé des collègues cyclistes qui terminaient les 3000 km de route qui traversent les 2 îles du Nord au Sud. Mais on a bien vu qu’à chaque fois qu’on a augmenté la distance ou la difficulté quotidiennes, on atteignait les limites de nos genoux. Cette fois-ci c’est Hélène qui a terminé sous anti-inflammatoires. Et ça nous a permis de goûter avec délectation toutes les pauses qu’on s’est accordés le long de la route, pour lire au soleil dans la campagne. Une grande balade digestive en somme.
  • Le début est, et restera toujours difficile quand il faut se lancer. Mais une fois le rythme pris, quel plaisir au quotidien ! C’est avec un goût de trop peu et un pincement au cœur sur les derniers kilomètres de la route qu’on a remisé les vélos ; Seul le temps nous a limité pour vraiment traverser l’ïle, et on pense déjà à reprendre la route quelque part en France ou en Europe. (Des volontaires pour faire un tour de Bretagne cet été ?)

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La rencontre de la semaine : Un hélico dans le bas de laine.

Avertissement : c’est un peu long, mais si vous êtes comme nous, vous n’allez pas être déçus.

Après 1 semaine à rouler sans trop se soucier de la météo, on découvre un matin la mauvaise nouvelle : il nous reste 2 jours de soleil avant un déluge dantesque et généralisé qui s’annonce sur toute la région : 150 mm de pluie en 48h, soit l’équivalent d’un automne complet à Paris. Or, on s’est donné la règle de ne pas rouler ou camper délibérément sous la pluie : on n’a ni échéance précise ni objectif fixe, donc aucune raison de s’obliger à se tremper jusqu’aux os pour ensuite sécher en caleçon dans les toilettes d’un camping. On a donc 2 jours pour avancer au soleil jusqu’à la ville la plus proche.

Le hic, c’est qu’on est à 3 jours de route de la prochaine bourgade avec des options de logement, et qu’il faut passer un col à 900m d’altitude entre les deux. Une seule solution : rallonger un peu la distance quotidienne. Ça a l’air faisable sur le papier et après une semaine de mise en route, on doit pouvoir encaisser une petite montée en charge.

La première journée est longue mais se déroule bien et on passe le col à 18h. 65 km dont 35 km de montée, ponctués sur la fin par un petit cri de douleur d’Hélène : le ligament externe de son genou droit signale sa lassitude. On avait prévu de bivouaquer au sommet, mais l’endroit est peu accueillant et très exposé au vent. Il nous reste 1h30 de soleil, on peut donc continuer un peu pour trouver le paysage pastoral propice au repos des jambes et au plaisir des yeux – élégamment soutenu par l’esthétique incomparable de notre tente Quechua.

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C’est quand le bonheur ?
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Il faut avoir souffert pendant 35km de montée pour comprendre la joie de ce panneau

On se jette dans la descente (76km/h, record battu), mais les km défilent sans qu’on trouve notre bonheur. On est dans des gorges où les maigres zones inspirantes pour un campement sont trop pentues et en plus bordées de clôtures bien entretenues, alors on continue encore. L’immense majorité des terres du pays sont privées, même dans des zones reculées, et les multiples panneaux « Private Property – No Trespassing » indiquent qu’ils ont un avis bien étayé sur la tolérance aux touristes de passage sur leurs terrains.

L’heure tourne et on finit par sortir des gorges dans une jolie vallée avec quelques fermes éparses de chaque côté. On s’arrête à la première qu’on voit. Elle est proche de la route, avec une pelouse superbement entretenue, le long d’une rivière, avec champs et granges du meilleur augure pour nous trouver les 6m² dont on a besoin pour la nuit. On entre dans la propriété, on sonne et en attendant que quelqu’un vienne nous ouvrir, on remarque les superbes VTT à assistance électrique nonchalamment entreposés à proximité. La maison, comme ses extérieurs, respire une certaine aisance financière.

Entre l’heure tardive, notre mode de transport qui attire généralement la sympathie et notre dégaine d’agents autoroutiers avec nos gilets visibilité, on doute assez peu de la réponse positive qui nous attend à la question « serait-il possible de s’installer pour la nuit sur un coin d’herbe ? ». « No » répond lapidairement la propriétaire, aussitôt rejointe sur le perron par Monsieur, qui confirme froidement la sentence en nous indiquant une aire de camping disponible 15 km plus loin.

Ni charitables, ni chaleureux, ce n’est vraiment pas le célèbre accueil néo-zélandais que j’ai vendu à Hélène. Mais pas le temps de tergiverser sur la générosité des riches, on remercie pour l’indication et on se remet en route en z’yeutant les autres fermes où on pourrait retenter notre chance. Manque de bol, elles sont toutes inaccessibles et/ou désertes et le temps défile toujours. Il nous reste 45 min avant le coucher du soleil et on n’a pas de lampes frontales. En se dépêchant, on doit pouvoir monter le camp et diner en 30 min, il nous reste donc 15 min de lumière pour continuer à avancer.

Bien sûr, on pourrait :

  • Utiliser nos flashs de téléphone, on a de la batterie
  • Ne pas oublier qu’on a encore 20 min de lumière après le coucher du soleil
  • Avoir remarqué qu’on est proches de la pleine lune, donc qu’on voit très clair la nuit

Mais avec la fatigue de la longue journée, et le genou d’Hélène qui fait des siennes, on perd en lucidité. Et il faut reconnaître que la réponse négative inattendue m’a donné une petite envie de revanche en allant squatter à l’arrache le prochain champ qui nous fait de l’œil.

7 km plus loin, alors qu’on s’apprête à rentrer à nouveau dans des gorges, se profile devant nous une jolie petite ferme. On entre sur le chemin, on sonne. Personne. Go pour le squat ! On s’installe à 50m de la route principale, à l’intérieur du périmètre de la ferme mais sur un sentier qui mène à un champ, et avant de dormir on laisse un gilet fluo en travers de la route avec un petit mot d’excuses et d’explications au cas où les proprios rentreraient de soirée au milieu de la nuit.

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En bas à gauche, le petit chemin de notre bivouac

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La nuit est très fraîche et humide, et au petit matin, le mot est toujours là. Tout comme la douleur au genou d’Hélène qui n’a fait qu’empirer. Les 65km du jour avec une grosse montée au milieu vont devoir se faire dans la douleur et en espérant que les anti-inflammatoires suffisent à tenir jusqu’aux 2 jours de repos qui nous attendent.

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On commence à replier le campement quand on entend un hélicoptère passer au loin. Le bruit s’éloigne puis se rapproche à nouveau. L’appareil semble faire du stationnaire sur la colline au-dessus de nous, puis s’avance encore. Je sors la tête de la tente, et je vois le pilote qui me fixe du regard, 30m au-dessus de nous. Quelques secondes plus tard et sans me lâcher du regard, il atterrit à 10m du campement. Le vent fait tomber un des vélos appuyé contre une clôture, et je me jette sur la tente pour éviter qu’elle ne se déchire ou s’envole.

Comme il est difficile d’imaginer ce que vient faire un pilote d’hélicoptère un dimanche matin en rase campagne, et si l’on évacue l’idée qu’il est parti chercher les croissants et le journal, la seule hypothèse possible est qu’il a une opinion sur notre présence en ces lieux. Je prends donc la même tête que face à la maréchaussée les jours d’excès de vitesse.

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Il laisse le moteur tourner, sort directement de l’appareil et fonce vers nous en gueulant : « Je vous reconnais, on vous a dit non hier, et je vous retrouve sur une propriété privée ! C’est la maison de mon fils, il est parti en WE et vous en profitez ! C’est pas possible ça, en étant sur notre terrain, on est responsable de vous s’il vous arrive un problème, mais en plus vous mettez en danger le respect des règles sanitaires qui sont très strictes quand on a un troupeau. Et c’est la saison de la chasse vous pourriez avoir un accident. Et je m’en fous que vous ayez laissé un mot pour prévenir et que vous fassiez attention, vous êtes dans une propriété PRIVEE. »

Bien sûr ses arguments sont tout à fait recevables, mais de toutes façons, quand un type débarque en hélico pour vous passer un savon, ça fait sacrément son effet ! On s’excuse platement, on précise quand même qu’on était vraiment fatigués, que le camping qu’il nous avait indiqué était trop loin pour nous et qu’on ne pensait pas à mal en s’installant pendant 12h sur un bout de chemin campagnard isolé. On profite également de la douleur au genou, devenue entretemps une préoccupation majeure, pour réécrire avec plus de sincérité vocale qu’historique la nécessité de notre choix de la veille.

Après quelques minutes de discussions, il s’apaise un peu puis repart comme il est venu, en décollant vers sa maison comme d’autres repassent la première à un feu rouge. En plein milieu de la campagne, à 9h du matin, la scène est surréaliste et, pour éviter la provocation, je me retiens de le prendre en photo aux commandes de sa bête.

On termine de lever le camp, et 10 min après on est sur la route. Le compte-à-rebours avant la pluie court toujours. Le début est en descente mais la montée qui se profile dans 10km est la nouvelle inquiétude du jour. On y va doucement, et au milieu d’un virage, une voiture avec une remorque pour chevaux vide nous double. Hélène rêvasse en se disant qu’elle s’y verrait bien faire quelques km en douceur.

300m plus loin, on aperçoit au loin la voiture arrêtée sur le bord. Le conducteur et sa passagère sont sortis, comme s’ils avaient un incident mécanique, et nous font signe de nous arrêter. Je m’exécute en me demandant bien comment on va pouvoir les aider avec comme seul équipement l’outil multifonction des vélos.

Mais non ! C’est à nouveau notre fermier, qui est revenu avec sa femme. Ils ont fait la route depuis leur ferme pour nous retrouver et nous proposent de mettre les vélos dans la remorque pour nous emmener à la prochaine ville ! Pris d’un accès de culpabilité, ils s’excusent à la fois pour leur comportement du matin mais aussi de ne pas nous avoir accueilli la veille, en disant qu’avec l’âge ils deviennent un peu grincheux et qu’ils espèrent qu’on ça ne va pas ternir notre image des habitants du pays !

Hélène bondit de joie. J’ai à peine le temps de proposer qu’ils l’emmènent juste elle et que je fasse le reste de l’étape à vélo, qu’elle me lance un regard qui m’évite heureusement l’impolitesse absolue par amour excessif du sport. Après 30 minutes de route et de conversation délicieuse pendant laquelle on apprend qu’en saison, ils ont des demandent de camping très souvent, et que parfois ils retrouvent sur leur terrain au petit matin des intrus qui n’ont pas demandé, ce qui les conduit à une certaine lassitude.

On apprend également que l’hélico sert à regrouper plus facilement les troupeaux de mouton de leur ferme immense –« mais c’est pratique aussi pour aller à Christchurch en 1h30» bah oui tu m’étonnes- ils nous déposent en centre-ville de Wanaka, en s’excusant encore de leur comportement de la veille.

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C’est sympa la remorque, mais s’il avait vraiment voulu redorer son image, il aurait pu proposer un tour d’hélico…

Epilogue :

Plus tard, en cherchant leur adresse pour leur envoyer une bouteille de vin en remerciement, on découvrira le joli site internet sur le business familial de mouton mérinos, avec l’hélico qui trône en bonne place dans la description des techniques ancestrales pour préserver la qualité de la laine.

Nous sommes simplement tombés sur le plus grand producteur au monde de laine mérinos utra fine. Leur ferme fait 185 km². Comme c’est un peu abstrait, imaginez un champ de 500m de large, mais qui irait de Paris à Lyon. En continu. Pour traverser les terrains de la ferme, il mettent 3 à 4 heures de 4×4, ou 7 minutes en hélico, alors le calcul de productivité est rapidement fait… Et puis aller chercher pain en hélico, ça fait parti des choses qui ne s’achètent pas, non ?

 

On aime / On n’aime Pas

On aime être vernis. On n’a pas seulement eu de la chance sur la météo, c’est tout le trajet qui était placé sous les meilleurs hospices : on n’était pas encore partis de Christchurch qu’une campeuse en fin de vacances nous a proposé un sac de couchage, du gaz pour le réchaud et quelques provisions. Et par la suite, à chaque fois qu’on allait manquer d’un truc, il s’est trouvé quelqu’un pour venir nous le proposer spontanément. La vérité ça fait plaisir.

On aime tester la solidité de notre couple. Par exemple, quand Hélène n’entend pas les tapis de sol attachés sur son porte-bagage tomber au milieu d’une grande et longue descente, dans un coin désertique et donc sans possibilité de remonter en s’aidant d’une voiture qui passe. Ou quand elle oublie son étui à lunette à 5 km de l’arrivée, et s’en aperçoit juste après une descente et au moment où la bière de fin de journée allait passer du rêve à la réalité.

Ouais enfin, t’es gentil mais tu ne parles pas de la serviette oubliée la veille, à 40 km que j’ai refait dans les 2 sens en stop.
– Ah bah super. Je t’offre l’opportunité de rencontrer des locaux parce que moi je connais déjà un peu le pays et c’est tout ce que tu retiens !
– Tocard.

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Un couple plus solide que les tendeurs

On aime les parapentes qui servent à tout : repliés, de très bons oreillers et surtout couverture isolante pour les nuits les plus fraîches. Hélène ne voulait plus se lever.

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Quand tu fais sécher le sac de couchage

 

On aime les traquas du gardien du camping de Omakau. Le hameau est particulièrement paisible -« la population a doublé cette année, ils ont construit 20 maisons »-, mais la région est envahie en été par les touristes. Gérer un pic de saison avec jusqu’à 550 personnes dans un lieu prévu pour 50 pourrait le stresser, mais il explique que « c’est pas difficile, on met les campeurs sur le terrain de rugby, on serre les caravanes, et tout se passe bien. Non, le seul truc compliqué, c’est que tout le monde m’invite à boire une bière, et que si je dis oui à tout le monde, je termine bourré dès la première allée du camping. Alors du coup j’alterne : je dis oui une caravane sur deux, et je change le lendemain ».

On n’aime pas trop la conduite des Néo-Zélandais. C’est assez étonnant quand on connaît le caractère des locaux et la topologie du pays, mais les gars sont assez peu prévenants avec les cyclistes. Dépassements en nous frôlant, voir parfois coups de klaxon simplement pour gueuler contre notre présence sur la route, certaines sections ont été un peu pénibles et on ne s’est pas fait prier pour porter nos beaux gilets fluos et emprunter les chemins alternatifs quand on pouvait.

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On aime les paysages sauvages et surannés le long de l’ancienne voie ferrée. Achevée en 1921 et fermée depuis 1990, la ligne traverse des vallées peu habitées, et ses petites gares intermédiaires au milieu de nulle-part sont toutes restées dans le jus de leur décor initial, poste de télégraphie inclus. Les bicoques désertes reliées par le fil qui chante, les wagons abandonnés et les aiguillages rouillés… Quand le vent se lève, il y règne une indéniable atmosphère de Far-West, et on verrait bien l’homme à l’harmonica sortir de derrière les fourrés.

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On goûte en connaisseurs le plaisir de faire les 80 km de fin avec une tempête de vent dans le dos. A 30 km/h sur la route en pédalant à peine, on profite et on repense aux 500 km de descente de la Loire vent de face…

 


 

On ne peut pas terminer sans une pensée pour tout le pays avec l’attentat dans les mosquées. On est arrivés à Christchurch la veille de l’attentat et on a eu le sentiment de revivre le 13 novembre quand on est restés confinés dans l’hostel tout l’après-midi, à découvrir sur internet la tragédie qui se déroulait à 1km. Le pays, si loin de tout et si ouvert d’esprit culturellement, n’imaginait pas un jour se retrouver à la merci de la terreur. Comme vous l’avez sans doute vu, le choc est immense pour eux et on ne peut que partager leur peine et leur douleur.

 


 

Et voilà, c’en est fini pour cette première partie de Nouvelle-Zélande. Il faut rendre les vélos et se diriger vers le nord. Notre rendez-vous si important, c’est Pantagruel : un vieux voilier tout en bois de 18m, dont le skipper allemand attend notre arrivée pour lever l’ancre en direction des Fidji. On est impatients à l’idée de notre première traversée océanique, 8 jours loin de tout au milieu du Pacifique. A l’heure où vous lirez ces lignes, on sera sans doute déjà en route, et vous pourrez suivre le bateau avec ce lien : share.garmin.com/pantagruel

La prochaine fois qu’on captera, la dernière saison de Games of Thrones aura commencé, le monde ne sera plus jamais le même !

 

Les titres auxquels vous avez échappé :

Faut pas pousser Hélène dans les fougères

Le seigneur des Anneaux : La communauté de la Pédale / Les 2 Roues / Le retour de la petite Reine.

 

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