Chérie, j’ai agrandi le Pyla

Les Belges, bien sûr qu’ils sont un peu cons. Et les allemands un peu rigides. Mais vraiment, si vous voulez entendre des préjugés de qualité sur des pays voisins, l’Amérique du Sud se pose là. Depuis le début en Colombie, nous avions entendu beaucoup, beaucoup de mal sur les Chiliens : ils ne sont pas accueillants, leur accent est incompréhensible, il n’y fait pas bon vivre, ils se lavent 3 fois par an, tout ça tout ça. Une bonne pelleté de vilénies qui avait fini par nous préparer au pire au moment de passer du Pérou au Chili.

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Première frontière terrestre, les chiliens ne grognent pas, c’est bon signe.

Mais alors pourquoi s’infliger un tel pensum ? Et bien parce qu’au nord du Chili, dans la zone encore désertique qui part de Santiago et remonte presque jusqu’en Equateur, se trouve un des sites de parapente les plus connus au monde : Iquique (3 semaines qu’on trippe sur ce nom de ville en le prononçant façon Serge Karamazov en boîte de nuit).

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Et quez qu’il y connaît au parapente Rick Hunter ? Réponse : rrrrien !

Iquique et ses dunes immenses, où ça vole tous les jours de l’année, est un paradis connu des parapentistes européens en souffrance pendant l’hiver, et donc un point de passage obligé pour nous vu qu’on était à 300km de là. Après une journée de transfert en bus, et notre premier passage de frontière terrestre EVER, on est donc arrivés dans la nuit, un peu méfiants, d’autant qu’on avait lu quelques avertissements sur le niveau d’insécurité dans la ville.

A peine le temps de se mettre en marche vers notre hébergement et sans même qu’on ait fait du stop,  une dame en voiture avec ses 2 enfants à l’arrière s’arrête pour nous proposer de nous emmener. On accepte, bien sûr, mais on se dit que tant de gentillesse c’est louche. Sans doute une exception, sans doute une folle.

Mais voilà que le lendemain matin, le premier parapentiste atterrissant sur la plage, à qui on demande quelques infos sur les spots du coin, répond directement : il y a un site qui ne vole qu’en fin d’après-midi, je vous y emmène tout à l’heure si vous voulez. Et puis on peut monter tout de suite à l’autre décollage, si vous ne connaissez pas, c’est l’occasion, je vous y emmène. Et ça, c’était avant que sa femme, au bout d’1h à peine de discussion, nous propose de nous prêter sa voiture pour la suite de la semaine : de toutes façons je ne l’utilise pas. Et puis si vous voulez, mes parents ont une ferme et des chevaux dans le sud du pays, si vous avez envie d’y passer quelques temps, ils seront ravis de vous accueillir.

Et ce n’est pas qu’eux, car on a noué plus de liens avec des locaux en 1 semaine au Chili qu’en 7 semaines au Pérou. Donc correctif : les chiliens, c’est vrai qu’on comprend rien à qu’est-ce qu’y disent, mais ils sont vraiment trop cools. Par contre, ils nous ont dit que les colombiens, « c’est que des délinquants et des tueurs, il faut vraiment s’en méfier ».

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Faut se méfier des chiliens, ils volent les couleurs de drapeau.

Côté parapente, objectif rempli avec une semaine de marade absolue en bonne compagnie, avec de gros progrès pour Hélène, sous l’œil admiratif d’un groupe de pilotes canadiens n’ayant jamais eu l’habitude de jouer dans les dunes (merci l’entrainement au Pyla ou sur les plages du nord). Et bien sûr, quelques belles images :

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La rencontre de la semaine

Le premier jour de vol, en remontant la dune, je vois 2 ailes identiques au milieu d’une bande de pilotes posés à discuter au sol. Les 2 ailes ont un gros logo de sponsor dessus, une marque qui m’est inconnue, mais les ailes ne le sont pas. Largement abreuvé de vidéos de parapentes et autres exotismes aériens, je tique. J’ai déjà vu les ailes quelque part, les gars en dessous sont donc forcément des célébrités du milieu.

Le temps de fouiller dans ma mémoire et de me poser à proximité, les 2 gars redécollent, mais un de leurs potes reste au sol.

– Excuse-moi, mais les 2 gars là-bas, ce serait pas les Soul Flyers ?
– Si, ce sont mes meilleurs amis. Moi c’est Jeff, on est là avec toute notre bande pour voler jusqu’à Noël. Si tu veux je te présente, ils sont très cools, tu sais. »

Si vous pensez que ça, c’est un fan, vous êtes très très loin de mon niveau d’excitation à ce moment-là.

Les Souls Flyers, ce sont les gars qui ont fait ça : https://www.lequipe.fr/Adrenaline/Tous-sports/Actualites/Les-8-experiences-les-plus-folles-des-soul-flyers/963207 .

226 millions de vues de leur dernière vidéo, on ne parle pas des cadors du bac à sable

Mais attend, bouge-pas mon gars, j’ai 1 milliard de questions à leur poser. Ça fait des années que je dévore leurs vidéos, c’est une d’entre elles qui m’avaient donné envie de me remettre à la chute libre pour passer de l’écran à la réalité. Et quand je dis dévorer, quand je suis passionné, j’ai tendance à avoir une mémoire relativement exhaustive. Autant te dire qu’une semaine en commun ne va pas suffire à étancher la soif de détails qui me taraude à chacune de leur publication depuis 10 ans.

Effectivement, les 2 gars, de passage pour que leurs femmes et leurs potes parachutistes apprennent le parapente avant de retourner en janvier pour Jetman à Dubaï, sont des crèmes, hypers ouverts pour partager (et parfois surpris que je me souvienne d’une vieille vidéo postée en catimini il y a quelques années). J’ai juste essayé de me contenir pour pas les gaver à coups d’interrogatoires de 2h chaque soir. Et on est même potes Facebook maintenant, c’est dire.

Quand un des Soul Flyers te demande du sel.

On aime / On n’aime pas

On aime l’ambiance d’Iquique, ville balnéaire de 200 000 habitants très prisée des chiliens mais aussi des argentins, 365 jours de beau temps, d’un soleil puissant mais tempéré par un vent frais, des vagues pour surfer, un bord de mer aménagé pour tous les sports (tout le long de la plage, 1 promenade piétonnière + 1 promenade vélo + 1 couloir pour joggeur revêtu en tartan, et aussi des énormes skate-park, stades de roller-hockey, et autres zones multisport)

Au global une ville où détente et calme semblent avoir gagné tous les quartiers, des contreforts les moins aisés au petit port de pêche. C’est paradoxal, mais on a eu la sensation toute la semaine d’être en vacances (ne riez pas).

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On aime le ceviche artisanal des petites échoppes du port de pêche, fait avec les poissons du jour. Un régal de fraîcheur pendant que les dernières prises se vendent à la criée.

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On aime quand les 2 doctorants en sociologie chiliens, de passage pour un congrès et logeant au même Airbnb que nous, nous proposent d’aller boire des bières, nous racontent l’histoire du pays et nous proposent eux aussi de les retrouver plus tard dans le voyage, quand on passera à Santiago. Quand on vous dit qu’ils sont trop cools…

On n’aime pas lessiver nos ailes de parapente quasi-neuves et avec un tissu tout fin dans le sable de la dune, mais « la vie est faite de souvenirs, pas de regrets » Didier Deschamps.

On aime le courant de Humboldt, le courant froid remontant tout le Pacifique le long des côtes qui, combiné à la retombée des masses d’air sèches venues de l’équateur, créent des conditions incroyablement parfaites pour du parapente et globalement pour vivre en bord de mer. Pour plus d’explications, bien sûr :

On aime le Flight Park, sorte de camp de vacances à base de containers, idéalement aménagé pour parapentistes, où 90% des pilotes en goguette dans le coin logent. Le plaisir du partage d’une communauté de passionnée et du débrief du jour autour de la bière. J’ai dit qu’il y avait les Souls Flyers ?

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J’irai pas voler aujourd’hui, je crois que la mer ne me veux pas.

On aime vivre un moment Paris-Dakar en plein sur le parcours officiel. En effet, la descente droit dans le pentu et à tombeau ouvert des 850m de dune d’Iquique est un classique depuis que le Dakar a lieu en Amérique du Sud -tapez Robby Gordon Iquique pour avoir une idée du rendu.
De notre côté, à l’issue d’un vol où Hélène atterrit un peu loin, je me dis que je vais aller la chercher pour éviter qu’elle se tape la remontée à pied. (oui je sais, j’ai été élu Mari du mois pour le 5e mois d’affilée – juillet ne compte pas, les votes n’étaient pas encore ouverts).
Toujours est-il qu’une fois récupérée, encore fallait-il remonter au point de départ, dans un dédale sablonneux et avec une 2 roues motrices. Et malgré la prudence de mise, on n’a pas manqué de s’ensabler copieusement et à 600m des premières voitures pouvant aider. L’incroyable chance fut de le faire juste à côté de 2 restes de panneaux, longs, fin,  en structure bois et avec des traverses, autrement dit quasiment des planches idéales pour se désensabler ! Ça ne nous a pas empêché de devoir nous y reprendre à 5 reprises pour se sortir de notre mauvaise affaire, mais le baptême de pelletage est fait !

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Quand t’es sauvé par une asperge géante

Une belle semaine de détente et de plaisir, et un lieu largement à la hauteur de sa réputation, dont on a eu du mal à partir.

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Suite des aventures très rapidement, dans « Bolivie ou Islande, même combat ».

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Fred dit :

    Un régal votre semaine ! Merci ne nous faire partager c’est super moment avec une qualité digne d’un pro, j’adore👍. Je vous souhaite une très bonne année à tous les 2.

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    1. Hélène et Brieuc dit :

      Merci et bonne saison des cyclones !

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      1. Fred dit :

        C’est fini !! Repis jusqu’à Juin 😜

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